mercredi 5 août 2015

Les TRASH du comte Zaroff, part 3


Certain(e)s d’entre vous le savent déjà depuis longtemps, mais il bon de le rappeler aux étourdis : Zaroff n’est pas seulement un auteur de talent – ce qui serait déjà très bien – il est aussi un excellent chroniqueur. Après avoir gratifié nos vagues un et trois de ses avis éclairés (voir les deux billets postés sur ce blog en juillet 2013 et août 2014), voilà ce qu’il a pensé de notre dernière cuvée :


Après "Nuit noire" et "MurderProd", TRASH récidive avec un roman extrême, dur, froid, glauque, sordide et cruel. Cruel surtout par son anonymat exacerbé, sa violence toute célinienne. L'effacement volontaire du nom des protagonistes, le traitement à la deuxième personne font reculer le lecteur au rang d'un spectateur stérile et passif.
Véritable lynchage social où rien n'est épargné. Le ton est expressionniste, masqué par le Néant où nous nous débattons à la quête d'un grand Rien. À travers ce nihilisme urbain flotte quelques bribes poétiques vite englouties par le radical humain, le désœuvrement et la fatalité.
"Tu sens le regard du Serpent dans ton dos. Et tu as peur sans comprendre pourquoi. Alors tu rejoins tes. Camarades. Alors tu rejoins le. Cirque. Et ça chante et ça boit. Et tu chantes et tu bois. Mais le regard est toujours là." "Lumpen" pourrait avoir été chanté par Jim Morrisson. "Lumpen" pourrait avoir été écrit par Hervé Prudhon.
Qui peut nous sauver ? Ce serpent de notre mauvaise conscience ? Janus tape fort et juste. Et il ne sera sans doute pas compris par la majorité. Comme la plupart des pamphlets du siècle dernier. Tout n'est qu'artifices. Et la bouche de Maéva devient un Moloch insatiable. Reflet de nos âmes à la dérive. Nous, les loques prolétariennes. Nous vivons dans les ténèbres sans le savoir et Janus rétablit la vérité par un bouquin puissant, existentialiste. Vous ne pensiez pas lire ça un jour ? TRASH prouve (une fois encore) sa crédibilité en publiant une telle expérimentation littéraire.

Je n'y connais quasiment que dalle en références asiatiques. Ma culture dans ce domaine se résume aux films de Bruce Lee et aux bouquins de Suzuki (Ring). J'ai donc abordé ce quatorzième opus avec une virginité assumée. J'ai eu le plaisir de rencontrer l'auteur lors d'un salon à Angers et c'est toujours une joie de chroniquer un confrère de TRASH.
Tout commence sur la vaste plaine d'Okigara. Des cadavres jonchent le sol à perte de vue, dans la boue et le sang. Un carnage abominable s'y est déroulé lors d'un exercice opposant un clan unique de samurais : le clan Asawaga. Naigo Kurogane est dans un piteux état. Son bras gauche est à moitié arraché au niveau de l'épaule, jambes tordues et hérissées de fragments osseux, longue plaie ouverte lui ouvrant le ventre. Seul son bras droit est valide. Kurogane est le seul survivant de l'effroyable massacre de ses compagnons.
Auparavant, le clan avait investi la plaine afin de s'y livrer à des combats militaires et prouver sa puissance guerrière. En tête de cortège, cinq inconnus barrent le chemin des troupes, adossés à un arbre. Le vénérable général Himura Kirise se fait décapiter par un lourd naginata en venant leur adresser la parole. Puis ce sont de puissants tentacules qui surgissent du dos des mystérieux guerriers, signal d'un assaut terrible et d'un chaos indescriptible.

Recueilli par un sorcier onmyôji, Abe no Seimei, Kurogane devient un shikabane, un mort-vivant aux veines remplies de cendre. Il va devoir combattre les cinq guerriers qui ont vendu leur âme en échange de dons surhumains, les Oni de Nagaki. L'âme de Kurogane est en sécurité dans une jarre protégée par des glyphes.
Le samurai se retrouve équipé d'un Himei (sabre maudit et arme démoniaque qui corrompt l'âme de son porteur), d'un talisman de protection pour les blessures et un shikigami (grue de papier plié) pour lui ouvrir la voie. Kurogane part à la rencontre de son destin.
Vous l'aurez compris, ce bouquin est truffé de références ancestrales sans que cette documentation riche ne nuise à l'intrigue. Le style de l'auteur est d'une remarquable qualité littéraire et hisse le gore à un niveau rarement atteint. D'une belle prouesse visuelle et narrative.
Moines-guerriers décimés, viol des prêtresses d'Amaterasu, massacres à l'Auberge du Cerisier bleu... Kurogane poursuit sa traque, lien karmique avec les exactions des Onis. Il revit et subit les châtiments perpétrés par les cinq monstres qui tentent de faire revenir un démon. Guidé par l'esprit de papier, sabres en mains et accompagné d'une prêtresse, Kurogane envoûtera le lecteur par des combats épiques dans cette traversée d'un Japon féodal et mystique. Roman atypique de la collection TRASH, mais essentiel. Romain d'Huissier prouve, à lui seul, que le Gore peut être beau, onirique, poétique et flamboyant à travers l'innommable. Comme un souffle de vie.

Grâce à TRASH, ce bon vieux Gilles Bergal refait surface, à la grande joie de ses fans dont je fais partie. Rien de bien gore dans ce roman, malgré le titre. Ne vous attendez pas à lire du Amok, du Cauchemar à Staten Island ou du Camping sauvage.
Ce bouquin est plutôt une parenthèse récréative entre deux romans glauques de la collection comme Lumpen ou Nuit noire. Je me suis marré à lire les mésaventures de Fabien, l'auteur de la série horrifique des "Bloody Marie". Comme dans Misery, il tue son héroïne après 37 volumes pour passer à autre chose, au grand dam de son éditeur Shark. Lors d'un salon, un fan fou fait des menaces à l'écrivain et l'ordonne de poursuivre la série. Peu après, des meurtres surviennent dans l'entourage de Fabien (son attachée de presse est la première victime) en reprenant les modes opératoires décrits par l'auteur dans certains opus. Forcément, il devient le suspect numéro un...
Comme je le rappelle plus haut, l'intrigue ne tombe pas dans le sordide crapuleux. Bergal règle ses comptes avec malice contre le milieu éditorial, les critiques et l'ambiance des salons populaires. L'humour est également présent dans les réactions du personnage, les actions et quelques effets de style (à vous de les dénicher) semblables à la nouvelle de Bergal intitulée "Le mort aux dents dignes d'un don" parsèment les paragraphes.
Vous l'aurez compris, ce numéro de TRASH est différent des autres par son traitement plus souple et moins gory. Un fan Bergalien aurait sans doute préféré la réapparition de Coogan poursuivant des zombies dans les égouts de Manhattan. Malgré tout, Gore Story permet à TRASH de diversifier son catalogue et d'élargir sa palette littéraire. Tout est bon dans le cochon !


Tout est bon dans le cochon, qu’on vous dit. Et tout est bon dans le Zaroff, aussi, ainsi que vous pourrez en juger en allant faire un tour sur le blog qu’il partage avec un autre mécréant bien connu de nos services… Vous y trouverez de nombreux billets consacré à l’univers Trashien, à Nécrorian, aux collections Gore et Maniac, à Rivière Blanche… Bref, si notre blog ne vous suffit pas, voici l’adresse de son frère jumeau : http://gorezaroff.over-blog.com/
Bonne balade.     

1 commentaire:

  1. Merci à toi. C'est gentil. Je n'ai aucun mérite. C'est juste que les bouquins de Trash sont excellents. Surtout Night Stalker. :)

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