lundi 14 décembre 2015

Bloody christmas



Comme vous devez le savoir, nous n’avons pas chômé ces derniers mois. L’anthologie Dimension TRASH est parue début novembre chez Rivière Blanche, et nos trois derniers titres sont sortis quinze jours plus tard. Vingt nouvelles et trois romans pour à peu près un million de signes en tout (voir les deux précédents billets pour plus de détails). De quoi garantir aux a-mateurs de chair - pas toujours - fraîche qui nous suivent de longues heures de lecture au coin du congélateur feu. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, nous avons eu le plaisir de présenter ces quatre nouveautés hautes en couleur à l’occasion des 12èmes Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres le samedi 28 novembre dernier.

Sèvres, pour nous, c’est un salon important. Très important, même. D’autant plus que pour notre troisième participation consécutive, nous avons eu le privilège d’obtenir notre propre stand, sans empiéter comme lors des deux précédentes éditions sur celui de nos amis du Carnoplaste. Et heureusement que Jean-Luc Rivera nous a alloué cet espace distinct, car TRASH est venu en force cette année. Jugez plutôt : Robert Darvel, Degüellus, Schweinhund, Brice Tarvel, Kriss Vilà, Nelly Chadour, Julian C. Hellbroke, Christophe Siébert, Philippe Ward, Janus, Romain D’Huissier, Yno et Catherine Robert. Rien que ça. Ne manquaient à la fête que Brain.Salad, Zaroff et Gilles Bergal. Sinon, tous les Trasheux étaient là. C’est bien simple, on n’avait jamais vu une telle concentration de viandard(e)s au centimètre carré.
Et comme quelques photos valent parfois mieux qu’un long discours :


Avec parmi ces clichés la preuve irréfutable que TRASH a fait davantage pour la parité en 18 romans que la collection Gore avec 100 titres de plus. Et le mieux, c’est que ça ne correspond à aucune stratégie. Parce qu’une discrimination, même positive, reste une discrimination, n’est-ce pas. Bonus non négligeable, que nous pouvons révéler maintenant que nous avons réussi à attraper la queue du Mickey : quand nous avons commencé l’aventure en juin 2013, nous nous sommes promis de partager au moins un salon avec chacun(e) de nos auteur(e)s. Janus, Catherine et Yno nous ont permis de réaliser le grand chelem. Nous sommes très heureux d’avoir pu réunir ainsi la totalité de notre Bloody Family. Et plus heureux encore de constater l’accueil qui nous a été réservé à Sèvres cette année. Auteur(e)s, organisateurs, lecteurs, lectrices, TRASH n’a donc qu’un seul mot à vous dire : merci.

Un dernier point : plusieurs parmi vous ont regretté d’avoir manqué Nécrorian lors de la rencontre organisée à Métaluna en juin dernier. Nous avions dit que nous tenterions de rattraper le coup. Ce que nous avons fait, en proposant au Maestro de se joindre à nous le 28 novembre. Or s’il nous a bien donné un accord de principe, son emploi du temps ne lui a pas permis de nous dire à quel moment de la journée il pourrait se déplacer. C’est la raison pour laquelle, ne voulant pas faire attendre ses fans trop longtemps, nous n’avons pas annoncé sa venue. Et nous avons eu raison de nous abstenir, car pour des raisons logistiques indépendantes de sa volonté, l’auteur de Blood-Sex n’a finalement pas été à même de nous rejoindre. Croyez bien que nous en sommes les premiers désolés. En espérant que nous aurons d’autres occasions de nous retrouver à l’avenir…

lundi 23 novembre 2015

Greta (dans le) Bayou (un soir de) Pleine Lune


Ses yeux crevés sous le tranchant des crocs explosent comme des cloques gorgées d'eau maligne ; sa peau lardée de coups de griffes acérées se détend, élastique, puis s'arrache en lambeaux ; ses cuisses entamées par une fureur carnassière dévoilent des os fumants de chaleur dans le froid hivernal.

Quatre citadins. Une ferme. Une nature hostile.
Des créatures indéterminées qui rôdent dehors dans la nuit.
Heureusement, la famille Caster est accueillante.
Dans les bois, personne ne vous verra saigner.

(Illustration : Vitta Van Der Vuulv)



L'introduction dans l'anus est moins évidente que supposée, car l'orifice est vierge de pénétrations antérieures. Mais Greta pousse durement en tenant la poire d'angoisse à deux doigts. Et commence à tourner. La vis provoque lentement l'écartement des quatre portions formant la partie charnue. Les chairs s'ouvrent. De plus en plus. La victime gueule. Les parois éclatent. Le sang coule. De la merde aussi. Greta se régale.

Une prison dans le désert. Un lieu hors du monde et inhumain.
Greta a accepté d'y travailler. Pour son malheur.
Car après avoir craqué, elle passe de l'autre côté.
Celui des détenus. Et son calvaire ne fait que commencer. 

 (Illustration : Vitta Van Der Vuulv)



La saisissant brutalement par les cheveux, il lui bascula la tête en arrière et sortit sa queue immense, dure et traversée de veines bleuâtres. Il força les globes oculaires avec son gland et les creva. Une purée ressemblant à des glaires s'écoula des orbites violées. La vieille femme hurla, le visage pétrifié par la douleur. La bite fouillait les cavités crevées par des coups de reins à un rythme endiablé.

Le bayou dévore tout. Les corps et les âmes.
Sacrifices vaudous, braconnage zoophile et crimes racistes sont monnaie courante dans cet enfer végétal. On y lynche même des shérifs. Qui détient la vérité ?
La prêtresse aux seins lourds, le KKK ou ce gnome au regard étrange ?

(Illustration : Willy Favre)

mercredi 30 septembre 2015

Dimension TRASH


Anthologie présentée par Artikel Unbekannt et Julien Heylbroeck.

Textes de Gilles Bergal, Sarah Buschmann, Cancereugène, Nelly Chadour, Corvis, Francois Darnaudet, Robert Darvel, Julian C. Hellbroke, Romain D'Huissier, Guy Kermen, Patrice Lamare, Adolf Marx, Charles Nécrorian, Catherine Robert, Christophe Siébert, Brice Tarvel, Artikel Unbekannt vs Schweinhund, Christian Vilà , Kriss Vilà et Zaroff.

Fut un temps où les films de Frank Henenlotter et Brian Yuzna sortaient au cinéma. Où les romans de la collection Gore s'écoulaient à plus de 100.000 exemplaires. Disons-le tout net : cette époque-là est révolue. Hélas. Mais si TRASH est ouvertement nostalgique, pas question de sombrer dans le passéisme. Nous ne sommes pas les enfants, mais les "bâtards" de Gore.

Si nos artisans bouchers se décarcassent, ce n'est pas pour vous servir du réchauffé. Nous sommes certes déférents, mais aspirons aussi à la différence. Car le genre horrifique n'est pas aussi étroit que les bien-pensants voudraient le faire croire, et si la Rivière devient rouge, c'est pour mieux vous présenter toutes les couleurs du TRASH.

Les années ont passé, la Collection Gore est morte depuis longtemps... Mais voilà, son corps allait remonter à la surface heureuse de nos souvenirs. Bon sang, si Daniel Riche avait su qu'un jour Rivière Blanche et TRASH reprendraient une partie du flambeau, gageons qu'il en aurait été particulièrement fier... Du Gore dans la Riviàre, de la Riviàre qui TRASHise, et du TRASH qui en veut enGore. Le confluent de ces trois fleuves s'appelle Dimension TRASH, monstrueuse anthologie des temps présents et des littératures qui saignent.
(Extraits de la préface de David Didelot.)

TABLE DES MATIERES:
Préface de David Didelot
Christian Vilà : Splash !
Adolf Marx : Épilogue du " Vivre ensemble "
Francois Darnaudet : Femmes, plantes et autres machines cruelles
Brice Tarvel : Kotok
Cancereugène : Descente d'organes
Julian C. Hellbroke : Junkfood rampage
Romain D'Huissier : La veuve écarlate
Zaroff : Zomb's short
Sarah Buschmann : Tranche de nuit
Gilles Bergal : Nouvelle vie
Robert Darvel : Killing Joe D'Amato
Patrice Lamare : Allegro ma non troppo
Artikel Unbekannt vs Schweinhund : White trash
Catherine Robert : Je suis méchante
Guy Kermen : Gloriole au glory hole
Corvis : Une heure à tuer
Kriss Vilà : Éventration d'une grenouille
Charles Nécrorian : Les immortels
Nelly Chadour : Sacré gril
Christophe Siébert : La vieille
Postface de Sandy Foulon

292 pages. 20 nouvelles. 20 euro.
Parution début novembre chez Rivière Blanche

 http://www.riviereblanche.com/dimtrash.htm

mercredi 5 août 2015

Les TRASH du comte Zaroff, part 3


Certain(e)s d’entre vous le savent déjà depuis longtemps, mais il bon de le rappeler aux étourdis : Zaroff n’est pas seulement un auteur de talent – ce qui serait déjà très bien – il est aussi un excellent chroniqueur. Après avoir gratifié nos vagues un et trois de ses avis éclairés (voir les deux billets postés sur ce blog en juillet 2013 et août 2014), voilà ce qu’il a pensé de notre dernière cuvée :


Après "Nuit noire" et "MurderProd", TRASH récidive avec un roman extrême, dur, froid, glauque, sordide et cruel. Cruel surtout par son anonymat exacerbé, sa violence toute célinienne. L'effacement volontaire du nom des protagonistes, le traitement à la deuxième personne font reculer le lecteur au rang d'un spectateur stérile et passif.
Véritable lynchage social où rien n'est épargné. Le ton est expressionniste, masqué par le Néant où nous nous débattons à la quête d'un grand Rien. À travers ce nihilisme urbain flotte quelques bribes poétiques vite englouties par le radical humain, le désœuvrement et la fatalité.
"Tu sens le regard du Serpent dans ton dos. Et tu as peur sans comprendre pourquoi. Alors tu rejoins tes. Camarades. Alors tu rejoins le. Cirque. Et ça chante et ça boit. Et tu chantes et tu bois. Mais le regard est toujours là." "Lumpen" pourrait avoir été chanté par Jim Morrisson. "Lumpen" pourrait avoir été écrit par Hervé Prudhon.
Qui peut nous sauver ? Ce serpent de notre mauvaise conscience ? Janus tape fort et juste. Et il ne sera sans doute pas compris par la majorité. Comme la plupart des pamphlets du siècle dernier. Tout n'est qu'artifices. Et la bouche de Maéva devient un Moloch insatiable. Reflet de nos âmes à la dérive. Nous, les loques prolétariennes. Nous vivons dans les ténèbres sans le savoir et Janus rétablit la vérité par un bouquin puissant, existentialiste. Vous ne pensiez pas lire ça un jour ? TRASH prouve (une fois encore) sa crédibilité en publiant une telle expérimentation littéraire.

Je n'y connais quasiment que dalle en références asiatiques. Ma culture dans ce domaine se résume aux films de Bruce Lee et aux bouquins de Suzuki (Ring). J'ai donc abordé ce quatorzième opus avec une virginité assumée. J'ai eu le plaisir de rencontrer l'auteur lors d'un salon à Angers et c'est toujours une joie de chroniquer un confrère de TRASH.
Tout commence sur la vaste plaine d'Okigara. Des cadavres jonchent le sol à perte de vue, dans la boue et le sang. Un carnage abominable s'y est déroulé lors d'un exercice opposant un clan unique de samurais : le clan Asawaga. Naigo Kurogane est dans un piteux état. Son bras gauche est à moitié arraché au niveau de l'épaule, jambes tordues et hérissées de fragments osseux, longue plaie ouverte lui ouvrant le ventre. Seul son bras droit est valide. Kurogane est le seul survivant de l'effroyable massacre de ses compagnons.
Auparavant, le clan avait investi la plaine afin de s'y livrer à des combats militaires et prouver sa puissance guerrière. En tête de cortège, cinq inconnus barrent le chemin des troupes, adossés à un arbre. Le vénérable général Himura Kirise se fait décapiter par un lourd naginata en venant leur adresser la parole. Puis ce sont de puissants tentacules qui surgissent du dos des mystérieux guerriers, signal d'un assaut terrible et d'un chaos indescriptible.

Recueilli par un sorcier onmyôji, Abe no Seimei, Kurogane devient un shikabane, un mort-vivant aux veines remplies de cendre. Il va devoir combattre les cinq guerriers qui ont vendu leur âme en échange de dons surhumains, les Oni de Nagaki. L'âme de Kurogane est en sécurité dans une jarre protégée par des glyphes.
Le samurai se retrouve équipé d'un Himei (sabre maudit et arme démoniaque qui corrompt l'âme de son porteur), d'un talisman de protection pour les blessures et un shikigami (grue de papier plié) pour lui ouvrir la voie. Kurogane part à la rencontre de son destin.
Vous l'aurez compris, ce bouquin est truffé de références ancestrales sans que cette documentation riche ne nuise à l'intrigue. Le style de l'auteur est d'une remarquable qualité littéraire et hisse le gore à un niveau rarement atteint. D'une belle prouesse visuelle et narrative.
Moines-guerriers décimés, viol des prêtresses d'Amaterasu, massacres à l'Auberge du Cerisier bleu... Kurogane poursuit sa traque, lien karmique avec les exactions des Onis. Il revit et subit les châtiments perpétrés par les cinq monstres qui tentent de faire revenir un démon. Guidé par l'esprit de papier, sabres en mains et accompagné d'une prêtresse, Kurogane envoûtera le lecteur par des combats épiques dans cette traversée d'un Japon féodal et mystique. Roman atypique de la collection TRASH, mais essentiel. Romain d'Huissier prouve, à lui seul, que le Gore peut être beau, onirique, poétique et flamboyant à travers l'innommable. Comme un souffle de vie.

Grâce à TRASH, ce bon vieux Gilles Bergal refait surface, à la grande joie de ses fans dont je fais partie. Rien de bien gore dans ce roman, malgré le titre. Ne vous attendez pas à lire du Amok, du Cauchemar à Staten Island ou du Camping sauvage.
Ce bouquin est plutôt une parenthèse récréative entre deux romans glauques de la collection comme Lumpen ou Nuit noire. Je me suis marré à lire les mésaventures de Fabien, l'auteur de la série horrifique des "Bloody Marie". Comme dans Misery, il tue son héroïne après 37 volumes pour passer à autre chose, au grand dam de son éditeur Shark. Lors d'un salon, un fan fou fait des menaces à l'écrivain et l'ordonne de poursuivre la série. Peu après, des meurtres surviennent dans l'entourage de Fabien (son attachée de presse est la première victime) en reprenant les modes opératoires décrits par l'auteur dans certains opus. Forcément, il devient le suspect numéro un...
Comme je le rappelle plus haut, l'intrigue ne tombe pas dans le sordide crapuleux. Bergal règle ses comptes avec malice contre le milieu éditorial, les critiques et l'ambiance des salons populaires. L'humour est également présent dans les réactions du personnage, les actions et quelques effets de style (à vous de les dénicher) semblables à la nouvelle de Bergal intitulée "Le mort aux dents dignes d'un don" parsèment les paragraphes.
Vous l'aurez compris, ce numéro de TRASH est différent des autres par son traitement plus souple et moins gory. Un fan Bergalien aurait sans doute préféré la réapparition de Coogan poursuivant des zombies dans les égouts de Manhattan. Malgré tout, Gore Story permet à TRASH de diversifier son catalogue et d'élargir sa palette littéraire. Tout est bon dans le cochon !


Tout est bon dans le cochon, qu’on vous dit. Et tout est bon dans le Zaroff, aussi, ainsi que vous pourrez en juger en allant faire un tour sur le blog qu’il partage avec un autre mécréant bien connu de nos services… Vous y trouverez de nombreux billets consacré à l’univers Trashien, à Nécrorian, aux collections Gore et Maniac, à Rivière Blanche… Bref, si notre blog ne vous suffit pas, voici l’adresse de son frère jumeau : http://gorezaroff.over-blog.com/
Bonne balade.