lundi 17 novembre 2014

Dix, onze, douze


Il semblait vêtu d'écarlate, ne faisait plus qu'un avec cette morte encore molle qui tenait le rôle d'une épouvantable poupée gonflable. Il dansait, multipliait les figures les plus compliquées, n'hésitait pas à saisir l'un ou l'autre membre de sa partenaire d'outre-tombe pour l'obliger à se plier à son bon vouloir. Il éprouvait le même bonheur que lorsque, dans la cuisine de sa grand-mère, effrayant les poules, il s'initiait au tango en ravissant la vieille femme.

Enfant, en Argentine, Gonzalo a erré dans les salles de torture et de mort de l'Ecole supérieure de Mécanique de la Marine. Ce qu'il y a vu, les effroyables exactions de la junte militaire lui ont bien plu et ont marqué à jamais son esprit. Il ne faut donc pas s'étonner si, bien des années plus tard, il décidera de libérer le prédateur qui sommeille en lui.

(Illustration: Vitta Van Der Vulvv)




La veille des vacances j'ai découpé ma grand-mère en morceaux de la même manière que j'avais procédé quelques temps plus tôt pour les vieux. J'ai emballé les morceaux dans des journaux et les ai enfermés dans des valises et des sacs. J'ai gardé sa tête pour continuer à me soulager sexuellement et son dentier comme trophée. Cette nuit-là je n'ai pas pu dormir.

"C'est crade, salingue, dégueulasse, comme lui. Ce type est vraiment une merde. IGNOBLE. Je crois qu'il est temps de retourner à l'hosto psychiatrique". George C.

(Illustration: DeshumanisArt)



 
En face d'elle, Olivier restait immobile. La bouche grande ouverte dans un cri guttural. Il y eut un claquement sec, sa mâchoire inférieure se décrocha brusquement et tomba sur le sol, ses joues se liquéfièrent, des morceaux de chair provenant du cou et des épaules se désagrégèrent, délivrant une odeur acre et répugnante. Un jaillissement déferla par la plaie béante qui remplaçait la gorge.

L'élection municipale s'annonce brûlante à Campagne sur Arize. Entre le maire et son premier adjoint, tous les coups sont permis. Même les plus vicieux. Car dans l'ombre des deux candidats se profile un tout autre affrontement. Et si la magie et le sexe étaient les deux mamelles de la politique ?

(Illustration: Willy Favre)


lundi 3 novembre 2014

Et de trois qui font douze (dans ta face, mon copain)


Eh ouais. Déjà. 20 mois qu’on est là, et bientôt 12 romans. Soit six de plus que la collection « Apocalypse », quatre de plus que « Maniac » et trois de plus qu’« Angoisses ». Mine de rien. Alors même si on sait bien que c’est pas un concours, ça fait un petit quelque chose malgré tout. Ceci dit, on n’a pas vraiment de mérite. Nous, on se contente de partager nos affreux joujoux avec vous. Parce que des livres écrits par Brice Tarvel, Christophe Siébert et Philippe Ward, ça ne se refuse pas. Ça s’édite. Point barre.

Brice Tarvel, les fidèles de TRASH le connaissent déjà bien. Ancien du Fleuve Noir, embarqué depuis de façon naturelle sur la Rivière Blanche, désormais continuateur de Bob Morane, l’homme pourrait se targuer d’avoir le pedigree le plus costaud de toute notre joyeuse écurie. Mais il ne le fera pas. Brice n’est pas comme ça. Il préfère continuer à écrire d’excellents livres. S’il est amené à en parler, c’est parce que ses lecteurs lui demandent. Et les lecteurs en question vont être servis dans les mois à venir, car le calendrier de parutions de monsieur Tarvel s’annonce copieux. Un nouveau fascicule chez nos amis du Carnoplaste, un roman Bob Morane, et ce Charogne Tango écrit spécialement pour nous, qui arrive comme une fleur sur un tas de fumier tout juste un an après la réédition de Silence Rouge. Charogne Tango, ou la danse macabre selon Brice Tarvel. Autant dire que vous pouvez vous attendre à quelque chose d’affreux, de sale et méchant. Avec un vieil arrière-goût d'horreur sociale (la pire, celle qui gratte les croûtes du quotidien, celle qui se tapit dans les tripes et les fait pourrir comme des champignons) qui devrait satisfaire les plus gourmets d’entre vous. Mais pas que. Car Brice a plus d’un tour dans son sac, et il aime surprendre son lecteur. Et Charogne Tango est un roman surprenant. Mais ne comptez pas sur nous pour vous dire en quoi. 

Christophe Siébert, aussi connu sous le pseudonyme vaguement collectif de Konsstrukt, présente quant à lui un profil différent. « Prolétaire de la littérature depuis 2007 », le lascar a lui aussi beaucoup écrit, et un de ses livres a fait couler beaucoup d’encre – et de sang – lors de sa première parution. Ce livre, c’était Nuit Noire. Nuit Noire, ou le bouquin le plus violent, le plus malade et le plus extrême de Christophe. Nuit Noire, qui avait été refusé partout jusqu'à ce que Philippe Ward accepte de l'éditer chez Rivière Blanche en octobre 2011. Nuit Noire, qui a failli avoir le prix de Sade en 2012. Et qui ressort chez nous, donc. Alors pourquoi cette réédition ? Eh bien tout simplement parce que nous avons estimé qu'un roman aussi puissant méritait une deuxième vie, et parce qu'il a parfaitement sa place dans notre catalogue. Et parce que cette ressortie va nous permettre de vous présenter un vrai « director's cut ». Car le texte a été amputé de toute l'histoire additionnelle commandée par Rivière Blanche pour satisfaire au calibrage maison. Nous n'avons gardé que le récit principal en trois parties: le nerf, les muscles et les os. Cette version sera par conséquent définitive, car elle est celle voulue par l'auteur. Que nous accueillons donc parmi nous avec une joie non dissimulée. Nuit Noire, après avoir été le 33ème livre de la collection Noire de Rivière Blanche, portera dès le mois de novembre le numéro 11 de la collection TRASH. Qu'on se le dise, Guillaume Lévy et Marc Musso ne sont pas les seuls à voir leurs bouquins ressortir au format poche. 

Et puisque nous évoquions la Rivière Blanche et son éminent directeur de collection, l’enchaînement est tout trouvé. Il est d’ailleurs volontaire. Car comme vous le savez, Philippe Ward intègre le catalogue TRASH, avec un roman intitulé Magie Rouge, qui portera le numéro 12. Juste après le 11 attribué à Nuit Noire. Soit une manière pour nous de rappeler que Philippe avait été le premier à donner sa chance au terrible roman de Christophe chez Rivière Blanche. LE Philippe Ward, donc, directeur de collection, découvreur de talents, mémoire vivante de la littérature populaire, mais aussi grand amateur de Gore et… auteur polyvalent et multirécidiviste. C'est pourquoi, quand il nous a proposé l’an dernier de lire un inédit de son cru, écrit il y a 25 ans et destiné à la mythique collection du Fleuve Noir, nous n'avons pas hésité une seconde. Et nous n’avons pas mis longtemps à réaliser que ce délice rural « old-school » plein de stupre et de sortilèges était littéralement taillé à nos mesures. Pour toutes ces raisons, nous sommes très heureux et très fiers de dérouler le tapis rouge à quelqu'un qui, plus qu'un éditeur, plus qu'un auteur, fait figure de véritable modèle pour nous. Vous connaissiez la magie noire et la magie blanche: voici la Magie rouge selon Philippe Ward. Accrochez-vous, ça risque de piquer un peu. Mais c’est ça qui est bon.

Février 2013. Une équipe d’inconnus débarque comme un chien dans un jeu de quilles avec un concept de romans courts qui tachent. Novembre 2014. La même équipe compte douze bouquins à son catalogue. Décidément, on a de la chance. Beaucoup de chance. Mais faut pas croire : on a beau faire les malins, on en est conscients.

samedi 13 septembre 2014

Rampage


En attendant de dévoiler ses trois prochaines sorties (plus de news très bientôt), le collectif TRASH a eu envie de revenir sur un moment important de sa préexistence. Vous le savez, nous sommes très liés au Carnoplaste, remarquable maison d’édition de fascicules à l’ancienne dirigée de main de maître par le tueur de pintades Robert Darvel. Mais ce que vous savez peut-être moins, c’est que ledit Robert Darvel, avant de commettre chez TRASH l’irréparable Necroporno, avait aussi révélé l’un de nos futurs auteurs. 
 
Voilà pourquoi nous avons souhaité évoquer un fascicule dont le format dodu devrait ravir les plus gourmands d’entre vous. Il s’agit en effet d’un cover to cover conçu selon le principe du double programme cher aux salles de cinéma d’exploitation et autres drive-in américains. Deux auteurs mystérieux, deux récits indépendants unis par un thème commun (ici celui du Rape and revenge) pour un seul et même ouvrage paré de magnifiques couvertures réalisées par Francisco Varon et Christophe Swal, et j’entends le savant fou qui dirige Le Carnoplaste me murmurer à l’oreille un suave : « Et maintenant je vais vous injecter une double dose, ne vous inquiétez pas, au début ça fait un peu mal mais c’est bon pour ce que vous avez »…

Honneur aux hommes (rappelons aux étourdis que TRASH n’est pas du tout sexiste), commençons par examiner Midget Rampage, dû au désormais fameux… Julian C. Hellbroke. Oui, le Julian C. Hellbroke auteur de Garbage Rampage. Nous y voilà. Midget Rampage, le nain au costume de sang narre donc par le menu (hmm…) et comme son titre complet le suggère les trépidantes aventures d’un sympathique avorton, mascotte d’une équipe de football américain qui, non content d’avoir découvert l’ampleur de la corruption gangrénant sa ville, va se mettre en tête de la combattre. Bien entendu, notre mini-héros va avoir affaire à forte partie, sinon ce ne serait pas drôle, et son parcours ô combien accidenté le verra souffrir mille morts, infligées par médecin nazi argentin et autres tueurs à gages cannibales…

Rythmé par des séquences d’action au découpage exemplaire et à l’enthousiasme communicatif, Midget Rampage ressemble ainsi à un catalogue de tout ce qui fait le piment du cinéma de mauvais genre : ultraviolence de bon aloi, méchants sadiques et charismatiques, héros iconique et, en guise de cerise sur ce gâteau déjà bien appétissant, une pincée d’érotisme, grâce à quelques jolies scènes d’une délicieuse gratuité. Dans une ambiance de Slasher mâtiné de polar urbain judicieusement typée 80’s, l’auteur développe avec générosité un « Betrayal, torture and revenge » plus grand que nature, et rend un hommage sincère aux acteurs nains Weng Weng et Nelson de la Rosa (inoubliable interprète de Ratman), allant jusqu’à donner le doux prénom de ce dernier à sa mascotte justicière.

Si la tonalité d’ensemble reste délibérément généreuse, festive et gore, ces outrances n’empêchent en rien le lecteur de s’attacher à l’infortuné Nelson. Le parti pris « Mon nain, ce héros » était risqué, mais Julian C. Hellbroke relève le défi haut la main en trouvant un judicieux équilibre entre trash (déjà) et émotion. En effet, l’auteur réussit la prouesse de réaliser un pur bouquin d’exploitation jonglant avec les codes populaires les plus tapageurs, sans jamais se vautrer dans le voyeurisme condescendant ni dans le cynisme post-moderne. Le tout étant rédigé d’une manière extrêmement visuelle et dynamique, qui n’est pas sans rappeler le style enlevé des deux Green Tiburon déjà parus chez le même éditeur, on ne peut que souscrire à cette vibrante déclaration d’amour à l’égard du cinéma d’exploitation, doublée d’un pertinent plaidoyer pour la différence. Précisons enfin que Midget Rampage, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, n’est pas une préquelle de Garbage Rampage. Ce sont deux récits bien distincts, même s’ils ont pour point commun de restituer avec brio l’ambiance des vidéoclubs d’antan. En termes clairs, les « Rampage » de Julian C. Hellbroke, c’est du vrai Pulp dans le texte. Ni plus, ni moins. Mais c’est déjà beaucoup.

Nullement intimidée par cette tapageuse proximité, l’énigmatique Irène Maubreuil délivre quant à elle avec Ravageuse rien moins qu’un « Western subaquatique » ! Un cadre original et haut en couleur, planté de façon spectaculaire à l’aide de force descriptions baroques, dans lequel s’épanouissent Asiates Troglodytes Amphibies, pistoleros crasseux et autres filles de joie au nez davantage poudré à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais le mal rôde autour de Rain Bluff, et les étranges créatures mutantes peuplant l’océan vertical aux confins du Desert Tide ne sont pas forcément les plus dangereuses. Une sombre confrérie d’encagoulés semble exercer une maléfique emprise sur les habitants de la petite ville, et la plantureuse Lady Godiva, un peu trop à l’écoute des fidèles clients qui défilent dans son lit chaque soir, va en faire l’amère et terrible expérience…

Car c’est bel et bien de Rape and revenge qu’il s’agit ici, avec toute la barbare cruauté que ce terme induit, et si l’on apprécie le talent de l’auteur pour croquer une galerie de personnages tout droit sortis d’un film de Sergio Corbucci, c’est pour mieux être estomaqué par l’effroyable violence dont certains d’entre eux se rendent coupables. Un peu comme si les « acteurs » d’Irène Maubreuil, après avoir tourné dans le crépusculaire Retour de Ringo, avaient directement enchaîné avec le tétanisant Day of the woman, de Meir Zarchi ! Un mélange des genres particulièrement efficace et explosif, culminant à la fin du premier acte par une scène déchirante - et c’est vraiment le cas de l’écrire - mettant sans vergogne le lecteur face à son seuil de tolérance…

Ne cherchez pas pour autant dans Ravageuse une réponse à l’épineuse question « le Rape and revenge est-il un genre crapuleux ou féministe ? ». Irène Maubreuil n’est pas là pour donner une leçon, mais pour raconter une histoire divertissante, et elle le fait avec une verve si pétillante que, sans jamais oublier de traiter son sujet avec un sérieux imperturbable, elle parvient à maintenir le cap sur son objectif principal. La deuxième partie de l’ouvrage, consacrée au thème de la vengeance, offre d’ailleurs le salutaire exutoire de rigueur en pareilles circonstances, car Lady Godiva y revient d’entre les morts pour un « Et on tuera tous les affreux » pétulant et inventif. En effet, transcendant son sujet, l’auteur convoque en un feu d’artifice réjouissant tout un bestiaire bigarré de créatures mutantes donnant à son récit une couleur fantastique bienvenue.

Voilà donc deux récits passionnants de bout en bout, à la fois différents et complémentaires, qui prouvent une nouvelle fois l’extraordinaire vitalité du catalogue de Robert Darvel. Reste à espérer que ce cover to cover en appellera d’autres, car le format du fascicule  - équivalent, non pas à une longue nouvelle, mais à un court roman - se prête à merveille à cet exercice. Dans l’immédiat, si vous avez aimé notre Garbage Rampage, mais aussi la trilogie de la vengeance de l’excellent Park Chan-Wook, je ne saurais trop vous conseiller de  découvrir les sanglantes odyssées du nain Nelson et de la prostituée mutilée Lady Godiva. Chez TRASH tout comme au Carnoplaste, les minorités sont bien représentées et, qu’on se le dise, elles ne sont pas venues pour gonfler les quotas ou faire de la figuration !

Pour vous les procurer, suivez le lien !

vendredi 8 août 2014

Les TRASH du comte Zaroff, part 2


Il y a un an, celui qui n’était pas encore l’auteur de Night Stalker nous faisait l’honneur de chroniquer nos trois premiers romans. Et comme l’animal peut être considéré comme un dangereux récidiviste, il a remis le couvert avec les trois derniers parus. Voici ses avis :

MurderProd, de Kriss Vilà.

Christian Vilà prouve à lui seul que les anciens de la collection Gore n'ont pas dit leur dernier mot. Pour mieux célébrer un retour au genre, l'auteur publie un roman dégueulasse d'un ton très contemporain et moderne. MurderProd, une multinationale consacrée aux médias, manipule certaines personnes aux penchants pervers, pour tourner des snuffs et autres vidéos morbides (reportages de guerres par exemple) et inonde le web de ses images insupportables.
Ce roman mortifère est d'une puissance trash inégalée. J'ai aussitôt pensé à l'ambiance de "A Serbian Film" de Spasojevic par son traitement rude et infect. Rien ne vous sera épargné : scènes de tortures, sexe violent, bondage, travelos, lesbiennes, soumission, viols, sodomies, décapitations, zoophilie... et je vous épargne les séquences passées au Congo ! Ce roman de Christian Vilà monte le gore d'un cran et les jeunes auteurs comme nous ne peuvent que baisser la tête face à un tel maelstrom sanglant et réaliste. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains...

Sous la peau, de Nelly Chadour.

Nelly Chadour est une grande cinglée... mais de la pire des engeances : une cinglée talentueuse ! Première femme à honorer les Éditions TRASH (avec Schweinhund aussi ou pas ?), elle n'a pas à rougir de ses confrères masculins. Son bouquin est tout simplement remarquable. L'écriture est stylée, le scénario est efficace et rien ne sera épargné aux lecteurs. Modifications corporelles, scarifications, piercings, tortures, élévations avec crochets sous fond de rédemption, gang des Hole's Angels, secte de fanatiques religieux, inceste, tatouages, bain de sang et massacres festivaliers.
Cette foire aux freaks se meut dans une ambiance déviante et vengeresse. Vous assisterez, par exemple, à un accouchement qui m'a gelé d'effroi et c'est peu de le dire. Si vous désirez prolonger ce trip artistique, je vous conseille la lecture de "Corps outragés" (J'AI LU Épouvante - 1994) de la merveilleuse Kathe Koja. Madame Chadour, vous êtes la Reine du Gore et je baise vos pieds en cachant ma jalousie perfide. Doucement avec la cravache, maîtresse Nelly ! Et merci pour le dessin avec votre dédicace. Je vous embrasse pour ce roman d'anthologie et j'attends des nouvelles de Fetish.

Garbage rampage, de Julian C. Hellbroke.

Ce que j'aime chez cet auteur, c'est son univers où je me retrouve totalement. Même si je suis plus vieux d'une décade, nous pataugeons dans le même bourbier des nanars eighties, bavant devant un Invasion Los Angeles ou un Sudden Impact. Ce gore new-yorkais reprend le thème traditionnel (et fondamental) des créatures des égouts. Les plus pervers d'entre nous y retrouveront des souvenirs enfouis comme C.H.U.D ou STREET TRASH. Mais l'auteur est plus intelligent. Il ne se contente pas de régurgiter une pâle copie des RATS DE MANHATTAN même si la célèbre trilogie de James Herbert est encensée par le biais d'un personnage homonyme. L'auteur pose une intrigue fameuse aux accents glauques, l'atmosphère est puante, les bas-fonds sont suintants de médiocrité, la féminité est enfin mise en valeur par le dévouement et le professionnalisme. On y discerne quelques références littéraires, comme le détective de Gilles Bergal (Cauchemar à Staten Island) avec plaisir inavouable.

Avec Pestilence (chez le même éditeur), l'auteur avait rédigé un bouquin intelligent et expressif. Pour Garbage Rampage, on sent que l'écrivain s'est replongé dans l'essence du gore série B, qu'il s'est amusé dans la nostalgie pour fidéliser un vieux lectorat dont je fais partie. La structure du récit est un imbroglio de diverses influences, de Jackie Brown à Bad Taste. Les créatures n'ont rien à voir avec mes références citées (je veux vous embrouiller, bande de salopards) mais je veux partager mon ressenti de lecteur old school. Si je devais comparer ce mystérieux Julian C. Hellbroke à un écrivain de même acabit, je pense aussitôt à Chester Himes (pour le décor) et à une histoire culte, posant les bases de son délire trashy : L’île du Docteur Moreau. Eh oui les gars, ce Hellbroke est le H.G Wells du Gore. Il en a toutes les qualités imaginatives structurelles. À quand une prochaine invasion extra-terrestre façon Mars Attacks ou Guerre des Mondes ? Avec des tripailles évidemment !

Comme quoi le fait d’être un auteur doué n’interdit pas de reconnaître et saluer le talent de ses petits camarades. Merci pour vos mots, numéro six, et au plaisir de vous relire.

jeudi 12 juin 2014

TRASH mais pas que

Le Gore vous fait peur ? Vous dégoûte ? Vous avez raison, il est fait pour ça. Mais vous savez, un « auteur Gore », ça n’existe pas. Car presque tous ceux qui se sont adonnés à ce « mauvais genre » sont en fait des écrivains multicartes au service de la littérature populaire.

Prenez Robert Darvel, par exemple. Fondateur et homme-orchestre des fameuses éditions du Carnoplaste, ces merveilleux fascicules à l’ancienne, il est le parfait exemple du touche-à-tout virtuose. Continuateur de Harry Dickson au sein du Carnoplaste, auteur de nouvelles chez Rivière Blanche, Malpertuis et ImaJn’ère, et d’un certain nombre de récits sous d’autres pseudonymes où il ne s’est jamais imposé d’autres limites que celles sans cesse repoussées par son imaginaire foisonnant, il n’a pas attendu de signer le magistral Necroporno pour être reconnu comme l’une des plumes les plus brillantes de la SFFF française actuelle.

Brice Tarvel est de la même trempe. Lui aussi continuateur de Harry Dickson, chez Malpertuis, édité au Carnoplaste (la série Nuz Sombrelieu), chez Rivière Blanche (Destination cauchemar, La chair sous les ongles), Lokomodo (Dépression, Le bal des iguanes) et TRASH Éditions (Silence rouge) après avoir connu les grandes années du Fleuve Noir (Anticipation, Aventures et Mystères, Gore, Angoisses), l’ex-François Sarkel dispose d’un pedigree vertigineux. Et comme si ces états de service remarquables ne suffisaient pas, il vient de signer son premier Bob Morane ! Oui, LE Bob Morane. Vertigineux, je vous disais…

Christian Vilà (ou Kriss Vilà, pour les plus téméraires) n’est pas mal non plus, dans le genre « je transforme tout ce que je touche en or ». Connu pour avoir écrit l’incroyable Sang futur en 1977 (ça ne s’invente pas), il a tout récemment réutilisé le pseudonyme de Kriss Vilà pour faire cadeau aux éditions TRASH du terrifiant et inédit MurderProd. Et comme Brice Tarvel, Christian est aussi passé par le Fleuve Noir et les collections Gore (trois romans) et Aventures et Mystères (deux romans). Auteur d’un essai sur William S. Burroughs (Le génie empoisonné), il se murmure qu’il n’en aurait pas fini avec l’ange noir de la Beat Generation…

Quant à Julien Heylbroeck, c’est bien simple, on dirait que l’adage selon lequel « la valeur n’attend pas le nombre des années » a été inventé pour lui. Auteur de quinze nouvelles à ce jour (Rivière Blanche, Malpertuis, ImaJnère, Les Artistes Fous Associés), il a également signé sous trois pseudonymes différents cinq longs récits pour Le Carnoplaste et TRASH Éditions, structure dont il est par ailleurs co-fondateur. Et comme si ça ne suffisait pas, il a écrit en parallèle trois romans, dont le premier, Stoner Road, vient de paraître aux éditions Actusf. Dépêchez-vous d’en profiter, car le loustic écrit aussi vite (et bien) que vous ne lisez…

Auteur de quatre illustrations de couverture sur les neuf romans parus jusqu’ici chez TRASH Éditions, le sémillant Willy Favre est un des piliers de cette association de malfaiteurs. D’autant plus qu’il a donné une autre preuve de ses multiples talents en signant aussi, sous le pseudonyme de Brain.Salad, le très Barkerien EmoRagie, cinquième roman de la collection !

Et force est de constater que Nelly Chadour n’est pas en reste, pour ce qui est du brio et de la polyvalence. En l’espace d’un an, elle aura quand même réussi à finaliser le premier volume des Aventures de Diane d’Aventin au Carnoplaste, le roman Sous la peau chez TRASH Éditions, et le recueil de novellas Sibilla, attendu chez Rivière Blanche cet automne !

Une telle collection de CV prouve bien que le Gore n’est en rien un genre exclusif (à part pour Schweinhund, qui devrait rester, espérons-le, une créature réservée à TRASH Éditions), et qu’en matière de littérature populaire, quantité peut très bien rimer avec qualité. Dont acte.

vendredi 6 juin 2014

Le Bloody Week-end, le retour

Comme vous avez déjà pu le constater grâce à certain réseau social bien connu, TRASH a tenu la semaine dernière, tout comme en 2013, un stand au Bloody Week-end, la désormais fameuse convention organisée par Loïc Bugnon et son équipe. Et tout comme en 2013, notre petite équipe (constituée pour l’occasion de Robert Darvel, Deguëllus, Schweinhund, Nelly Chadour et Julian C. Hellbroke) est revenue d’Audincourt à la fois émerveillée et rincée.

Car le Bloody, c'est avant tout une ambiance chaleureuse et on ne peut plus conviviale. Avec des invités prestigieux tous accessibles, qui se promènent sereinement dans une très belle et grande salle blindée de stands chargés jusqu'à la gueule de tout ce qui a un rapport plus ou moins direct avec l'Horreur et le Fantastique (DVD, bouquins, affiches, photos, sculptures, maquettes, etc). Un tel contexte favorise évidemment de belles retrouvailles (David Didelot, de Vidéotopsie et Thierry et Kévin, d'Artus Films en tête pour notre part) et de non moins belles rencontres (Patrice et Romuald, d'Uncut Movies, des mecs d'une gentillesse exquise, malgré ce que pourrait laisser croire leur catalogue de garçons bouchers).

Mais commençons par le commencement. Et au commencement était… le Gore. Le Gore disséqué, en l’occurrence. Car vous qui suivez notre actualité avec attention n’êtes pas sans savoir qu’était présenté le week-end dernier en avant-première le livre-somme GORE : Dissection d'une collection, que notre ami David Didelot, fondateur et chef d’orchestre du fanzine Vidéotopsie, a consacré à la mythique collection GORE, notre principale influence ! Sachant que ce beau bébé de presque 400 pages passe au crible les 118 bouquins de la série, mais inclut aussi une quinzaine d'interviews d'auteurs (dont les Trashiens Brice Tarvel et Christian Vilà), vous comprendrez notre impatience et notre fébrilité à l’idée de tenir l’objet entre nos mains…

Non ? Alors voilà quelques éléments supplémentaires, à l’attention de ceux qui l’ignoreraient encore : une partie de TRASH a été personnellement impliquée dans le projet. Robert Darvel a en effet réalisé couverture et maquette, et Julien H. et Schweinhund se sont chargés de rédiger quelques chroniques. Ce dernier a même eu le privilège de prendre intégralement en charge le chapitre traitant de la collection MANIAC, un satellite hélas trop éphémère (8 titres parus, TRASH a déjà fait mieux !) de la collection GORE. Et puisque cette belle entreprise reste familiale (qui a dit « association de malfaiteurs ? »), David a aussi intégré ses belles critiques de nos six premiers bouquins (que vous avez pu déguster sur ce blog grâce aux deux articles intitulés « TRASH passé au scalpel » 1 et 2) dans le chapitre « Les enfants de GORE ». Une magnifique consécration pour nous, tout juste un an après nos débuts. Cerise sur le gâteau, ce sensationnel ouvrage est le premier livre édité par Thierry Lopez pour Artus Films !

Tout ceci pour dire que ce fameux livre était attendu par le collectif TRASH comme le messie. D’autant qu’évidemment les porteurs du projet avaient calé sa présentation officielle en fonction du Bloody Week-end. Et force est de constater que le résultat est à la hauteur de nos attentes, ce qui n’est pas peu dire. L’ouvrage est de toute beauté, et d’une densité étourdissante. Vous croyiez tout savoir sur la collection GORE ? Eh bien vous aviez tort, mes bons amis, ainsi que nous pouvons le constater nous-mêmes depuis quatre jours que Dissection d’une collection s’est transformé en livre de chevet. Les heureux souscripteurs ne nous donneront certainement pas tort… D’ailleurs, à l’heure où j’écris ces lignes, nombre d’entre eux ont déjà dû recevoir leur exemplaire, car David a passé l’essentiel de son week-end à les dédicacer, et Thierry sa journée de mardi à préparer les 120 colis et les envoyer. Avis aux retardataires : la bête sera mise en vente sur le site d’Artus Films d’ici dix jours, alors n’hésitez pas à passer commande, vous ne le regretterez pas.

Mais pour en revenir au Bloody Week-end proprement dit, notre seule source de frustration, en tant qu'exposants, a été de ne pas pouvoir pleinement profiter de son programme démentiel. Parce que mine de rien, entre la fatigue due au voyage et aux courtes nuits accumulées, et le stress lié à la tenue du stand, c'est quand même un peu chaud. Notez bien qu’on ne se plaint pas, hein, c'est juste qu’on aimerait bien pouvoir se dédoubler en de telles circonstances. Mais bon, comme on était idéalement placés (entre le Carnoplaste, ce merveilleux éditeur de fascicules à l'ancienne avec lequel TRASH partage tant d'auteurs, et Le Chat Qui Fume, Vidéotopsie et Artus, juste à côté de l'entrée), nous sommes parvenus sans peine à vivre l’évènement intensément. Il y a même eu parfois quelques moments de grâce, comme quand Ruggero Deodato a fait le tour des stands avec sa petite caméra et a filmé celui de TRASH. Hallucinant. Et puisqu'en plus on a réalisé des ventes très honorables (un grand merci à Thierry L. et Kévin B., qui nous ont bien aidés à dépasser notre score de l’an dernier), notre bilan perso s’avère plus que positif.

Enfin, comme il reste en France quelques dealers de DVD plus que recommandables, nous sommes revenus avec un bon paquet de films dans nos bagages. Parce qu’il était évident qu’avec la présence d’Artus Films, Uncut Movies et Le Chat Qui Fume (fine fleur des pourvoyeurs de Bis et triple modèle éditorial pour TRASH), nous nous attendions à flinguer notre budget « Achats » mensuel en deux temps trois mouvements. Ce qui bien entendu n’a pas manqué de se produire. Les gars, nos banquiers ne vous disent pas merci. Nous, si.

Parce qu’en plus on a récupéré quelques scoops au passage. Et comme on n’est pas chiens, on va en partager une poignée avec vous. Alors voilà : Le Chat Qui Fume sortira à la rentrée de nouveaux titres, dans deux collections distinctes. Il y aura tout d'abord l'inauguration de la série « Exploitation Cinema », avec Night train to terror, et The crater lake monster. Et peu de temps après suivront deux nouveaux films de Blaxploitation ! Uncut Movies ne sera pas en reste, avec aussi deux titres très différents l'un de l'autre, qui devraient ravir les amateurs d’ultra-Gore et de bizarreries cradingues. Quant à Artus, ils lanceront une nouvelle sous-collection consacrée au cinéma bis espagnol, avec trois films. Plus un autre DVD « surprise », hors-commerce celui-là, qui viendra accompagner certain projet monstrueux dont nous ne manquerons pas de vous reparler en temps et en heure…

En résumé, le Bloody Week-end, c'est le bien. Nous espérons d’ailleurs avoir l'occasion d'y rencontrer un jour quelques-uns d'entre vous, et le plaisir d’y recroiser les fidèles de l’évènement (La Clef d’Argent, Les Artistes Fous, Poulpy, Ragoût Dévié…). Parce qu'il est bien évident que, sauf catastrophe, TRASH y sera de nouveau présent l'an prochain. Voilà, that’s all, folks. En complément à ce petit article, évidemment dédié à Loïc Bugnon et à l’ensemble du Bloody Staff, n’hésitez pas à aller consulter le superbe compte-rendu de la convention concocté par notre copain Oncle Jack sur son blog Curious Goods, et à vous rendre sur l’excellent forum Ultra Gore, où notre autre pote Sangore évoque aussi l’évènement  - et l’équipe TRASH - en des termes qui font bien plaisir.

 

BLOODY WEEKEND 5