lundi 15 juillet 2013

Les Trash du comte Zaroff

Zaroff aime TRASH, et TRASH aime la réciprocité. Enjoy :

BLOODFIST est un bouquin étrange aux cercles multiples. Il m'est extrêmement difficile de résumer une telle construction dans le gore. C'est une oeuvre anatomo-psychanalytique dont vous suivrez le personnage central par le biais de ses pensées et actes. Les confrontations avec l'homme rasé amènent un côté rationnel qui tranche avec le romanesque malsain et imagé du tueur. L'illusion se mêle au fantasmagorique cruel. Le lecteur est désorienté par les pistes multiples et les scènes horribles et explicites. Comment illustrer l'intrigue ? Imaginez un miroir sans tain qui reflète la folie meurtrière. Vous vous trouverez derrière la glace et contemplerez le Mal, démuni et désarmé.

Ce bouquin est également une gigantesque allégorie théâtrale. Les personnages sont anonymes, esquissés par des hallucinations. Tout semble factice et pourtant vrai. Les frontières de la raison sont floues. Je vous préviens de suite que la lecture ne sera pas aisée ni mâchée aux lecteurs. Une bonne nuit de sommeil sera nécessaire entre les chapitres. Vous devrez vous oxygéner le cerveau entre les paragraphes. C'est un Gore intelligent et précurseur d'un genre névrotique. Assurément, il mérite une relecture pour jouir pleinement des facettes de ce diamant maudit.

J'ai toujours été fan des récits médiévaux de Brussolo et j'estime que Deguellus a fait mieux. J'ai tellement aimé ce bouquin se passant au 14ème siècle que je l'ai dévoré en une seule journée. Imaginez un village reculé (Saint Ragondard) planté au milieu de marécages. La pestilence décime les habitants et on brûle des Juifs car on pense, à l'époque, que ce sont eux les responsables de la Peste. Mais ce fléau est différent et les victimes meurent dans d'atroces souffrances. Un médecin, radié de l'Ordre, arrive au village et tente de résoudre ce mystère. Les personnages sont multiples et possèdent une personnalité propre. Nous sommes littéralement plongés dans une ambiance superbement rendue, les décors sont en place et l'intrigue est parfaite.

Mais là ou l'auteur réalise une véritable prouesse, c'est la précision des dialogues. Le vocabulaire utilisé illustre les faits et gestes de tous les protagonistes. Certaines scènes sont brillantes, je pense au châtiment du fouet par le nain Horatio ou encore à l'intrusion du médecin dans cet étrange monastère. Vous y trouverez aussi la Sainte Inquisition, des moines maléfiques, un complot, des scènes de cul, des actes de barbarie... j'ai été captivé comme jamais. J'ai pour habitude de noter sévèrement ce que je lis mais je dois admettre que ce roman mérite un beau 20/20. Il est tout simplement parfait.

Que dire de Necroporno ? C'est du Darvel pur jus. Un brio incomparable dans le ton et l'atmosphère. Un grand Jardin des Délices contemporain avec sa Nef des Fous. Eternod, ville maudite ayant connu une épidémie de choléra. Des décennies plus tard, les habitants se trouvent confrontés à des mouches nécrophages dont le processus est inversé. Les mutilations se mêlent aux pulsions sexuelles. C'est un formidable élan putride et sacrificiel. Il ne faut surtout pas manquer l'équipée sauvage d'un tank dans les décombres de la ville, les massacres dans une chambre froide ou encore les réflexions philosophiques sur la taille du sexe du maître nageur tandis que la piscine municipale grouille de cadavres se bouffant de l'intérieur.

TRASH a réussi son pari en nous proposant trois premiers romans d'une intensité remarquable et très variée. Les styles des auteurs parviennent (enfin) à rendre le gore intelligent et littéraire. Ce n'était pas chose aisée mais le défi est relevé. Il me tarde de découvrir les prochains volumes. À cela s'ajoutent des couvertures de grande qualité et révélatrices des thèmes proposés. Et pour la modique somme de 6 euros l'exemplaire, il faut reconnaître que TRASH ÉDITIONS méritent d'être canonisées.

Si c’est possible, on aimerait autant attendre un peu, pour la canonisation. C’est destiné aux morts, ce genre de pratique, or nous, nous sommes encore bien vivants, et guère disposés à voir la gueule noire de la bête se pointer vers nous afin de mieux nous éparpiller façon puzzle. Dans l’immédiat, une chose est cependant indéniable : certaines chroniques valorisent tellement nos livres qu’il nous semble juste de les mettre en évidence. Ceci n’est donc qu’un retour amplement mérité à l’envoyeur, avec nos plus sincères remerciements.

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